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10.09.2006

La mort en face...

Lorsque l'on se lance dans un roman comme le Boucher, il devient rapidement indispensable de se documenter: ici, j'ai eu besoin de me lancer dans la lecture de quelques ouvrages sur la taxidermie afin que les discours de Monsignore Casanova sonnent juste; de même pour ficeler l'histoire (mais là je ne peux rien vous en dire pour ne pas la déflorer), j'ai dû me plonger dans quelques ouvrages historiques et même lire quelques extraits du Livre des Poisons !
Mais la source principale de mon inspiration était tapie au creux de ma cervelle : c'est en effet dans mes souvenirs que j'ai trouvés la plupart des sensations dont j'ai eu besoin pour écrire...
Ainsi, comme me le rappelle mon complice Pat dans un de ses commentaires, il est parfaitement clair que les scènes dans l'Institut de Médecine Légale sont inspirées de mes premières dissections.
En effet, en seconde année de médecine, tout étudiant se doit de participer aux cours d'anatomie et à l'étude in vivo (si j'ose ce mauvais jeu de mot) des cadavres...
Je me souviens ainsi cette première confrontation avec la mort : durant les quelques heures qui ont précédé notre entrée dans la salle de dissection, nous étions excités par la perspective d'enfin "faire un vrai truc de docteur". Nous avions tous 18 ou 19 ans et pour la plupart nous avions eu une jeunesse dorée ou au moins préservée...
Nous étions dans le couloir, rue des Saint-Pères au quatrième ou sixième étage, à plaisanter, à comparer nos matériels (une trousse à dissection toute neuve!), à anticiper sur les réactions de tel ou tel camarade (et tu crois qu'elle va tomber dans les pommes, celle-là?) lorsque le prof ouvrit en grand les portes battantes et nous fit entrer...
Une pièce gigantesque, haute de plafond. Et ce silence soudain. Plus personne qui n'ose parler. Tout d'abord, je ne vois rien... Et puis je découvre ces formes allongées sous les draps. Une dizaine, probablement mais moi, j'en vois des centaines et le vertige me guette. Et puis il y a cette odeur. Un mélange de flagrances chimiques et de parfums corporels intimes. Autour de moi, la plupart de mes camarades restent bouches bées, livides. Certains pleurent. Mais personne n'a plus envie de plaisanter.
Nous nous dirigeons, par petits groupes vers "notre" cadavre, celui qui accompagnera toute notre année. Puis nous ôtons le drap. Et là, pour la première fois de ma vie, j'ai contemplé la mort en face...

Commentaires

Pour les saints peres c'est au cinquieme....
de rien...;-)

Ecrit par : StephC | 12.09.2006

Merci de cette précision... chirurgicale !

Ecrit par : Chris² | 12.09.2006